Vendredi 8 mai 2009
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15:33
Curieux, n'est-ce pas ?
Je suis comme d'habitude, le nez collé à la grande vitre du salon. Je reste ainsi immobile quand je ne sais comment combler des moments de blues. Ils sont
hélas fréquents. Du haut de mon troisième étage, je laisse aller mon regard partout et nulle part. Sur la route ou sur les persiennes encore fermées des immeubles voisins.
De temps à autres je m'attarde, sans en connaître la raison, à un rai de lumière qui se hasarde entre les jointures, sans doute pour voir s'ouvrir brusquement une fenêtre, y voir jaillir la
vie...
Dans une heure tout au plus, le jour commencera à se lever. J'ai passé une bonne partie de la nuit flanqué à cette baie, sans inspiration, sans état d'âme... inutile. Mes yeux se
baladent maintenant au dessus des voitures rangées sur le parking, puis caressent les feuillent endormies, tout juste frissonnantes des jeunes arbres plantés en bordure. Le ciel éteint une à
une ses étoiles. La nuit glisse des toits doucement, s'en va de l'autre côté du monde protéger d'autres rêves. Le locataire du premier part, comme tout les matins, le sac
sur l'épaule et le pas décidé pour une nouvelle et triste série de huit heures.
Je m'amuse à le suivre, comme ça, jusqu'à ce que le virage le happe entièrement.
Mais ce matin je le perds de vue presque tout de suite, à hauteur de la troisième voiture.
Mon attention se fixe brusquement sur un objet, une forme mal définie, par terre... Le jour se précisant, cette chose me semble de couleur beige, avec des taches tirant sur le
marron, l'orange peut-être. Bien que cela m'agace un peu, au lieu de regarder ailleurs, je demeure bizarrement rivé à ce qui pourrait être n'importe quoi ou même, rien, qui ait un
quelconque intéret. Un ballon crevé, une chaussure...ça arrive tellement souvent. un morceau de pain également, qu'un chien aurait abandonné... Une intense curiosité
me gagne, de façon irrésistible, ç' en est presque pénible. Je prends ma veste et descends, comme si, voir cela de plus prés avait une réelle importance, était d'une nécéssité absolue.
A peine arrivé vers la voiture je me bloque instantanément. Ce que j'ai eu tant de mal à identifier depuis l'appartement est une poupée. Une toute petite poupée qu' une
fillette aura perdue... Je fais un pas encore. Là, furtivement je m'assure que personne ne me voit, ne se fout de moi... Je me baisse vers la poupée...
... elle pleure... ! JeanVictor. 1992
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